Pour une éducation bienveillante

Nous sommes inondés d’articles, de revues spécialisées ou de livres consacrées à l’éducation   des enfants, mais je reste toujours sur ma faim… Depuis plus de cinquante ans, j’ai pu expérimenter et approfondir moi-même la nécessité d’une éducation bienveillante envers les enfants, afin de les projeter le plus haut possible vers leur avenir comme des flèches vivantes tirées de notre carquois[1]… J’ai pu aussi constater les dégâts des dérives autoritaires, voire maltraitantes autant que celles trop permissives ayant donné naissance à une malheureuse génération d’enfants tyrans, privés de tout repère. J’ai découvert assez récemment avec bonheur la prise de distance opérée par le mouvement de la Communication Non Violente d’avec nos chers psychanalystes dont les théories m’ont toujours paru être le reflet d’une conception extrêmement pessimiste de l’enfance et de l’être humain. Faire le postulat que toute agressivité ou mal-être provient d’une frustration, d’un besoin non satisfait, favoriser l’expression des émotions pour mieux comprendre les manques et chercher les meilleures réponses est une démarche plus positive, plus concrète et dynamique. Mais elle peut apparaître comme une nouvelle méthode soumise aux effets de mode, comme une énième technique manquant un peu de profondeur et de recul…

C’est pourquoi, je regrette que cette approche nouvelle ne fasse aucune mention de la dimension spirituelle de l’éducation qui me semble pourtant être le socle de cette écoute bienveillante favorisant l’épanouissement mutuel des enfants et des parents. Mais attention ! La dimension spirituelle ne recouvre pas l’adhésion à un groupe religieux. Je ne propose donc pas d’y adjoindre une éducation confessionnelle mais plutôt de prendre en compte une autre dimension que celle de la « réussite » dont enfants, parents et éducateurs sont très vite imprégnés dès l’entrée à la maternelle. N’est-il pas possible de vivre avec ses enfants l’émerveillement et la reconnaissance devant l’abondance et la beauté de la nature, de pratiquer devant eux et avec eux la gratuité, l’attention à l’autre et la compassion envers les plus petits et les plus vulnérables, de leur faire découvrir les textes et les maîtres qui nourrissent notre éthique et nos valeurs, de les intégrer dans une communauté ou un mouvement de jeunesse où ils pourront partager ces valeurs, de développer leur créativité et leurs talents, de préparer un engagement citoyen ou humanitaire, de chanter et prier avec eux dans la joie et la simplicité ? Non, l’éducation bienveillante n’est pas qu’une suite de recettes ni même une bonne maîtrise de l’art du dialogue. La bienveillance du cœur nécessaire pour accueillir et élever un enfant, va bien au delà. Elle est une attitude fondamentale de l’être qui se découvre fils ou fille d’une Vie et d’un Amour qui nous précèdent et nous fondent comme humains, et pour moi, qui puisent aux sources de la bienveillance divine.
Avril 2016 Lettre adressée au Journal REFORME

 

[1] Cf « Parle nous des enfants » de Joëlle Randegger, paru chez Médiaspaul en 2011.